20/03/2007

 Rwanda: un livre que j'ai aimé

Jean retourne vers son pays, son Rwanda  natal dont il est parti, voici dix neuf ans pour suivre des études en Belgique. Le Pays des Mille collines, il connaît, c'est toute son enfance, sa jeunesse, la famille, l'école, le foot, les copains.... Tout juste arrivé à Kigali, les souvenirs lui sautent à la mémoire. Les collines sont là avec leur doux vallonnement et leur merveilleuse odeur, la ville autour de l'aéroport et son animation, la luminosité du ciel, les odeurs des brochettes de chèvre saupoudrées de pili-pili, les sourires des jeunes filles et leur si joli port de tête... mais en même temps tout est différent. Personne ne l'attend à l'aéroport, les quartiers ont changé, les arbres grandi, des maisons ont disparu. La réserve habituelle des gens est encore plus grande au delà du premier abord toujours chaleureux. Pas de visage connu. Ses amis ne sont plus là.

Il y a eu le génocide et son cortège d'horreur.

Jean se réjouit de revoir sa mère. Ils étaient une famille dans le temps. Son père, inspecteur des écoles est mort peu avant la chute de l'avion du Président qui a déclenché les massacres. Autrefois il y avait les grand-mères maternelles, les parents et la fratrie; une grande soeur, Antoinette, Jean et son frère jumeau Thomas, un plus jeune frère Ismaël, lui aussi décédé avant les terribles événements. Mais les autres que sont-ils devenus ? Comme Jean ils s'étaient mariés, avaient des enfants... Et Jean voudrait savoir, surtout retrouver son jumeau disparu, ce Thomas qui était son double et qui lui manque depuis que très jeunes les parents les ont séparés, l'envoyant lui, Jean, dans l'urugo de sa grand-mère maternelle...

Et c'est toute son enfance qui lui revient en mémoire: les courses folles quand il escaladait pieds nus les chemins caillouteux des collines, quand il passait auprès de ce pont plein de mystères qui enjambait la rivière rougie par les pluies dévalant et ravinant les collines ... C'est l'odeur du pain frais dans la maison paternelle près de la mission hollandaise et le goût de la bouillie de sorgho de la grand-mère qui lui menait la vie dure. Dure non? celle des enfants du Rwanda à l'époque et peut-être encore maintenant: aller chercher l'eau juste avant le lever du soleil (6 heures été comme hiver) et parfois y retourner selon les besoins, aller mener les belles vaches brunes aux longues cornes recourbées dans les pâtures ... et puis l'école , le matin ou l'après-midi comme cela se fait encore dans bien des endroits...

Après une première nuit mélancolique dans une maison amie dont les propriétaires sont absents, il se met en route pour le village de sa mère. Pendant cette longue absence, le jeune homme est devenu un homme: il vit en Belgique, il est marié à une Européenne et ils ont deux enfants. La rencontre est pudique, réservée mais l'auteur nous en fait ressentir toute la chaleur et l'émotion. Bien des choses n'ont pas été dites. Elle le seront peu à peu: qu'est devenu Thomas ? Surtout qu'a-t-il fait ? réellement fait ? De quoi est-il accusé ? ....

Et peu à peu les pas de Jean iront à la recherche de Thomas. Une première tentative le conduit à Kibuye où il refait connaissance avec le lac Kiwu, sa lumière, les innombrables îles, le frais murmure des vagues... Il ne peut aller jusqu'au camp : les routes sont trop mauvaises et sa voiture trop légère. Sur le chemin du retour il rencontre des gens qui ont vécu les événements, perdu maison et famille. Une femme porte sur elle comme une relique les cartes d'identité des membres de sa famille, ensanglantées et marquées par le fameux T qui leur a valu la mort. Et d'autres racontent la fuite et les massacres pour ceux qui n'ont pu fuir, la folie et la haine s'emparant des coeurs, et des esprits, l'incompréhensible fureur qui ravage parfois les consciences humaines et les conduit à des actes qu'aucune bête sauvage ne poserait...

Et la question est encore plus lancinante: pourquoi Thomas ? Qu'a-t-il fait ?  Le voyage de retour est habité par ces questions qui le hantent.

Quelques jours plus tard il repart équipé d'un lourd 4x4 et d'un colis de chauds vêtements, préparés par leur mère. Il ne fait pas chaud là haut sur les collines dès que le soleil a disparu à l'horizon.

Peu à peu l'angoisse, la pluie et le froid le saisissent. Il n'est plus certain de tenir debout. Comment va être la rencontre ? Reconnaîtra-t-il son jumeau parmi tous ces hommes habillés de rose ? .. Le gardien l'identifie tout de suite, les deux frères se ressemblent tant. Justement Thomas franchit le seuil : '' Nous avons sauté dans les bras l'un de l'autre. Les différents scénarios que j'avais imaginés pour nos retrouvailles s'envolèrent en fumée. Les deux choses qui sortirent de nos bouches furent nos prénoms.... Nous n'arrivions plus à nous lâcher. Puis nous nous sommes mis à pleurer. Nos pleurs silencieux et abondants parlaient pour nous.''

Les mots étaient superflus.

Mais des mots il y en aura encore, et des questions.... Dans un dernier dialogue avec ceux qui sont partis, il entendra les reproches de sa soeur : '' toi qui veut tout savoir, tout comprendre, où étais-tu ? Pourquoi n'es-tu pas revenu ? '' Avec ses deux fils, elle lui demande des comptes : '' en Europe vous étiez informés.... tu savais... ''

Et elle ajoutera : '' J'espère que tu fais ton possible pour que ce qui s'est passé ne se reproduise plus...''

Avant de repartir vers sa famille, il ira avec mère nettoyer les tombes de ceux qui ont trouvé une sépulture... 

Il repartira en Europe avec cette promesse.

Elle nous atteint aussi."

                                                                        Jeanne S.   

22:36 Écrit par Joseph NDWANIYE dans Avis des lecteurs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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